Karolina Mikeskova

Une jeune artiste de Prague Karolina Mikeskova, a exposé au début de l’été les oeuvres, que nous présentons ici, à la galerie Jeleni. Lumières de l’Est a été sensible à leur finesse et poésie.

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Europe-Russie……

Florent Parmentier, enseignant et responsable de programmes à Sciences Po, vient de publier un ouvrage dont la taille modeste ne dissimule pas la densité et l’importance. Tiré de sa thèse de doctorat de Science Po. son ouvrage, s’appuyant sur une connaissance approfondie de l’espace qui composait le bloc soviétique – son préfacier, Jacques Rupnik, avance même qu’il est sans doute le meilleur connaisseur en France de la Moldavie – s’attache à décrire ( titre du livre) « les chemins de l’Etat de droit ; la voie étroite des pays entre Europe et Russie ».

Son analyse ne se fonde pas seulement sur sa fine connaissance du terrain : il applique à ses observations un appareil théorique extrêmement riche, avec de nombreuses références. Elles permettent de ne pas donner des interprétations hâtives qui se voudraient définitives sur par exemple l’attitude de la Russie aujourd’hui. Il s’écarte donc de tout stéréotype, faisant jouer subtilement les facteurs culturels avec les facteurs institutionnels pour aider à comprendre comment les pays se dirigent – ou pas- vers l’Etat de droit.

S’agissant des facteurs institutionnels, il note que 1989 semble ouvrir un horizon irréversible : s’engageait alors une dynamique telle que l’Europe deviendrait rapidement un espace unifié sans retour possible au morcellement précédent, avec une approche partagée des concepts démocratiques.

C’est ce qu’il qualifie « l’optimisme institutionnel  ».

Mais les faits ne sont pas conformes à une telle vision. C’est là qu’interviennent les facteurs culturels, et ici, Florent Parmentier parle de « pessimisme culturel », concept à manier avec prudence, car on peut facilement sombrer dans les stéréotypes : je cite : « [….] primitivisme, violence, nationalisme agressif ou expansionnisme territorial, peu compatibles avec l’établissement d’un Etat de droit, sont autant de stéréotypes révélateurs d’un pessimisme culturel qui entache parfois la représentation des pays des Balkans. »

Cette dernière attitude est donc à bannir autant que la précédente qui tient de la naïveté, et en tout cas nous empêche d’admettre que notre vécu de la démocratie (qui doit de toute façon être reconnu imparfait) n’est pas exportable ex-abrupto.

A coup sûr l’ouvrage de Florent Parmentier constitue un guide utile pour comprendre les secousses actuelles en Europe (mais ailleurs aussi), et nous met en garde quant à des interprétations simplistes.

Gilles Ribardière

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La langue française en Moldavie

On ne sait pas assez que la langue française est la langue étrangère la plus enseignée en Moldavie, ce qui en fait le pays d’Europe centrale et orientale le plus francophone.

Hélas il ne semble pas que cela émeuve particulièrement nos autorités, les crédits par exemple en faveur de l’Alliance Française diminuant de manière considérable.

Il n’est par ailleurs pas certain que les efforts des enseignants soient particulièrement soutenus si j’en juge par la modestie des supports pédagogiques mis à la disposition des établissements scolaires.

Et pourtant avec quelle passion ces enseignants s’attachent à donner la meilleure formation à leurs élèves qui eux mêmes apprennent avec enthousiasme ce qu’on leur dit être la langue de la culture, de l’amour…..

Dans le village de Casunca, à quelques kilomètres de Floresti j’ai pu être témoin le 19 mai dernier de la manifestation de l’engagement de toute une communauté scolaire en faveur de la promotion de la langue française. Raconter la journée sera plus explicite que toute démonstration savante pour illustrer la vitalité de l’enseignement du français en Moldavie.

Ce fut tout d’abord devant le portail de l’école l’accueil par la directrice, Rozalina Dohocher et son adjointe, Olga Burlacu. C’est elle, en fait, qui outre ses fonctions administratives, assure l’enseignement du français. Elle aura été l’animatrice de mon accueil, sachant que c’était la première fois que l’école recevait un « étranger ».

Ensuite, moment particulièrement émouvant, une fois le seuil franchi, trois élèves m’attendaient en costume national, l’une me présentant un pain et du sel, l’autre un petit verre de vin. La troisième , Madalina, élève de la première classe, qui n’apprend pas encore notre langue, avait assimilé parfaitement une formule accompagnant le don d’un joli bouquet :  «  Bonjour Monsieur Gilles ; prenez ces fleurs en marque de respect ». Je peux l’affirmer, ce sont là des moments inoubliables.

Cet épisode fut suivi de la présentation de l’ensemble de la communauté scolaire, puis d’une visite de toutes les classes, les élèves exprimant en français un compliment bien senti.

Je n’étais pas au bout de mes surprises….La salle des fêtes avait été aménagée pour me donner à voir les trésors des traditions moldaves aussi bien en matière de nourriture, de costumes, de métiers ; cette visite précédait en fait une présentation sur scène des activités liées à l’apprentissage du français : mise en espace de nos plus fameux contes, chanson de Mireille Mathieu , le tout complété par des chants et danses moldaves traditionnelles.

Le lendemain, ce fut la rencontre avec l’ensemble des enseignants de français du district de Floresti, ce qui me donna l’occasion de faire une petite conférence sur Paris, illustrée par des photos, et d’entendre une défense et illustration de la langue française par les meilleurs élèves du district. De leur propos, que ces jeunes – toutes de sexe féminin – avaient préparé avec soin, j’ai retenu quelques formules : « le français, c’est la langue de la diplomatie » ; « On peut lire les livres en langue originale : Victor Hugo, Molière, Alexandre Dumas » ; « C’est une langue harmonieuse, élégante » ; « Elle est mélodieuse, romantique, douce à l’oreille » ; « elle permet les nuances fines de l’esprit et du coeur » et « quand on fait une déclaration d’amour, il faut la faire en français ».

Ces jeunes filles ont souvent souligné que la maîtrise du français leur permettait de dialoguer par l’intermédiaire des réseaux sociaux et ajouté qu’elles souhaitaient poursuivre des études en France. Mais c’est à cette occasion que j’ai cru constater que les autorités françaises compétentes n’étaient sans doute pas au diapason de l’enthousiasme de ces jeunes Moldaves pour notre culture et notre langue. On peut en effet percevoir à travers les propos des lycéennes rencontrées à Floresti le résultat d’une pédagogie fondée sur un matériel peu renouvelé depuis l’époque soviétique. L’efficacité est évidente si j’en juge par la qualité du français exprimé par ces jeunes filles, mais les références datent quelque peu : je me souviens avoir entendu en URSS dans les années 70 des propos semblables à ceux d’une des élèves du district de Floresti: « le français est la langue d’un grand peuple, riche de traditions révolutionnaires, langue des héros de la Résistance dans la lutte commune contre le Nazisme ».

Si je n’ai pas été surpris d’entendre les noms de Hugo, Molière, Dumas prononcés à plusieurs reprises, comme je les entendais abondamment aussi en URSS, j’ai trouvé assez étonnant que soit cité en tant qu’écrivain contemporain le nom de Jean Laffitte, aujourd’hui oublié en France. Celui-ci, décédé en 2004, fut notamment membre du Parti Communiste. Ses romans s’inscrivent dans la tradition du « réalisme socialiste » tel que défini par Jdanov !

Certes je me garderais bien de considérer que ces références littéraires soient largement diffusées encore, mais je pense qu’il y a urgence de fournir aux très nombreux professeurs de français en Moldavie des matériaux pédagogiques qui dévoilent des aspects plus contemporains de la France, sinon la voie risque d’être largement ouverte au développement de l’apprentissage de l’anglais supposé ouvrir des horizons plus modernes …..

Il faut que les autorités françaises, mais aussi des initiatives privées, apportent un soutien à tous ces admirables enseignants auxquels manifestement ne sont pas mis à disposition des instruments pédagogiques qui actualisent l’appréhension de la culture française.C’est la conclusion que je tire de cette plongée dans le cœur de la Moldavie où la passion de la France, et de sa langue, est si vive et si émouvante dans son expression .

Gilles Ribardière

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Okka Hungerbühler, lauréate talentueuse du Berlin Art Prize

BlumeChaque année est délivré par un jury professionnel de grande qualité le Berlin Art Prize. Ce jury était composé ce mois de juin de Cosima Von Bonin (artiste), Kimberly Bradley (critique d’art), Judith Hopf (artiste et professeure à la Städelschule de Francfort) et Egill Saebjörnsson (artiste). Ce prix , non institutionnel, est destiné à récompensé le travail d’un artiste présent sur la scène artistique de Berlin dont on sait le dynamisme ; on est donc assuré que les lauréats sont remarquables. C’est le cas de Okka Hungerbühler, dont la sculpture « Robotic Blume » a fait l’objet du choix du jury. Il y a deux ans nous avions déjà souligné ici le talent de cette jeune femme. Ce prix confirme notre appréciation.

Outre une somme d’argent, et un trophé, Okka bénéficiera d’un séjour d’un mois de résidence cet automne à Tbilissi, ce qui lui permettra de participer du 7 au 11 novembre à l’exposition annuelle « Artisterium Georgia ».

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Crimée-Transnistrie

La finalité de « lumières de l’est » est culturelle. Mais il ne s’agit pas de rester enfermé dans une interprétation étroite de la culture. Ainsi lorsque des menaces pèsent sur les pays qui sont dans le champ de compétence de « lumières de l’est », il est de notre devoir de réagir : en effet des atteintes à l’intégrité territoriale d’un Etat constituent une menace sur son identité, son histoire, autrement dit sa culture.

Ce qui se passe en Ukraine ne peut donc que nous interpeller. La Moldavie est en effet voisine et son territoire est menacé depuis des années d’être amputé. C’est du reste déjà un fait, mais qui jusqu’ici n’était pas irréversible : le séparatisme Transnistrien restait un dossier de négociations auquel est partie prenante la Russie. Or les « autorités » de Transnistrie viennent de faire savoir, selon une information de la correspondante du Monde, Marie Jego, « que le rattachement à la fédération de Russie les intéressait ».

Il ne faut pas s’étonner d’un tel discours. Les occidentaux font preuve d’une telle pusillanimité face à Poutine que celui-ci peut tranquillement accueillir favorablement des demandes de russophones d’annexer des territoires où ils se trouvent. Ainsi l’équilibre de notre continent se trouve fragilisé.

D’autres territoires de l’Europe connaissent des diversités de population. Il ne faudrait pas que ce soit un facteur de désordre potentiel comme on le voit en ce moment. Chacun, quelque soit son origine, sa langue, doit trouver sa place là où il est, sans perdre son identité, sans être considéré comme un citoyen de seconde zone. C’est peut-être ce qui n’a pas été toujours assez respecté, avec pour conséquence les dérives actuelles dont profite le maître du Kremlin.

Certes l’histoire ne bégaye pas, dit-on….Mais il est difficile de ne pas se souvenir de l’affaire des Sudètes dont un certain Hitler sut profiter, face à la timidité coupable du camp démocratique…..

Gilles Ribardière

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Diana Axentii et Alissa Zoubritski magnifient le chant français

Vous qui habitez Paris , un Dimanche d’hiver vous sortez votre carte de transport Navigo zone tarifaire 1 et 2, et vous vous rendez bien au-delà, en zone 4 par exemple, sans supplément. En effet vous avez entendu parler d’un récital dans une commune de l’Ile de France, Herblay, où jamais vous n’avez eu l’idée de vous rendre. Et c’est ce que j’ai fait ce 2 février, car à l’instar de très nombreuses communes situées en « banlieue de Paris », on y trouve un établissement culturel dynamique qui offre des spectacles de très grande qualité. Cet après-midi là, deux artistes d’origine moldave se produisaient : Diana Axentii et Alissa Zoubritski. De la première citée j’avais déjà tracé le portrait et pu l’entendre à l’Opéra de Paris, mais dans des conditions qui ne permettaient pas d’apprécier tout son talent. Or rien de tel qu’un récital pour goûter les qualités d’artistes lyriques; c’est ce que Herblay nous offrait.

Ne voyez pas dans les propos qui vont suivre la critique d’un musicologue, mais l’expression du sentiment d’un auditeur qui plus d’une heure durant a été captivé par deux artistes qui ont su livrer à nos oreilles la nature particulièrement sensible de la mélodie française.

Alissa Zoubritski est une accompagnatrice particulièrement attentive, qui épouse totalement l’esprit de l’oeuvre interprêtée, et qui surtout a le même souci que le grand Gerald Moore ( l’accompagnateur en particulier du baryton Dietrich Fischer-Dieskau ) exprimé dans le titre de ses mémoires « Faut-il jouer moins fort ? » (Am I too loud?).

Quant à Diana Axentii, ce qui frappe d’entrée, c’est sa présence, les couleurs extrêmement variées de sa voix de mezzo, et sa capacité à planter le décor que le poète et le musicien ont voulu. J’ajoute qu’il n’y a aucune affectation dans la prononciation des mots, ce qui n’est pas toujours le cas chez les cantatrices lorsqu’elles chantent des mélodies françaises. En revanche la diction est remarquable : on entend les mots des poèmes dont la valeur littéraire est évidente ; ils ont pour auteur, Lamartine, Hugo, Baudelaire….Enfin elle fait de chaque œuvre une scène qu’elle joue avec finesse

S’il fallait retenir deux ou trois merveilles, je mettrais en avant « Chant d’amour » de Georges Bizet sur un poème de Lamartine , « l’ile inconnue » de Berlioz, texte de Théophile Gautier et « l’invitation au voyage » de Henry Duparc, poésie de Charles Baudelaire.

Il y a eu dans le cadre de ce concert deux moments d’une réconfortante chaleur : la prestation du choeur de femmes du conservatoire de Herblay, d’abord avec le seul accompagnement de Alissa Zoubritski (Marine de Jules Massenet) puis avec la présence affectueuse de Diana Axentii pour un lied extrait de Turandot de Ferrucio Busoni….Voilà une belle manière de rendre hommage à une pratique amateur de réelle grande qualité.

Les lillois vont avoir bientôt la joie d’entendre les deux artistes. Ce sera à l’Opéra de Lille le mercredi 12 février à 18 heures, mais dans un programme totalement différent : Dvorak, Brahms, Janacek et Liszt.

Auparavant, le samedi 8 février à la Cité de la Musique, à Paris, Diana Axentii sera la soliste des trois poèmes de Stéphane Mallarmé de Maurice Ravel, entourée par les musiciens de l’Ensemble Intercontemporain, sous la direction de Mathias Pintscher.

Gilles Ribardière

Photo en provenance de Herblay Culture

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Un livre nécessaire de Sandrine Treiner : « L’idée d’une tombe sans nom »

Il est des livres que l’on referme en se disant qu’il convient de leur trouver une place durable dans sa bibliothèque. Ce ne sont pas nécessairement des ouvrages épais à l’écriture serrée, ou la dernière production d’un auteur célèbre. Ce sont des textes qui avant tout s’impriment dans notre mémoire, touchent au plus profond notre sensibilité. « L’idée d’une tombe sans nom » de Sandrine Treiner est de ceux-là.

De quoi s’agit-il ? D’un long cheminement en vue de (re)donner une existence à une jeune inconnue, juive de Chisinau, Manya Schwartzman, enfant de la Révolution de 1917, mystérieusement disparue en 1937 en Union Soviétique. Sandrine Treiner engage cette longue marche à partir d’un point de départ improbable: les paroles d’une vieille femme aujourd’hui disparue , une petite photo, et surtout une phrase d’une force tellurique – car il faut la placer dans son contexte, à savoir l’URSS de Staline – « Ne venez pas. Nous nous sommes trompés ». Cette phrase adressée par Manya à sa famille, il faut en être conscient, est le fruit d’un courage inouï, mais qui a sans doute scellé son sort.

Ce livre ne tente pas seulement de tracer la destinée d’un être singulier ; à travers Manya dont la nature devient moins floue au fil des pages, il nous est rappelé ce que fut le sort d’innombrables militants de la cause révolutionnaire venus construire la société de leur rêve et qui furent réduits à néant : une tombe, certes sans nom, leur est enfin donnée. Mais c’est aussi un livre qui rend admirablement compte de la topographie mutante d’une ville : destructions de bâtiments, nouveaux tracés de voies, ou simplement modifications de la dénomination de ces voies au gré des changements du régime politique ou de l’installation plus ou moins durable d’envahisseurs ; nombreuses sont les cités qui ont été secouées par de telles fluctuations . Chisinau dont il est ici question en est un exemple parfait.

« L’idée d’une tombe sans nom » appartient à la catégorie des ouvrages nécessaires. Souhaitons en la traduction en Roumain et en Russe.

Gilles Ribardière.

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Récital piano-voix ce dimanche 2 février, à 16 heures à Herblay, près de Paris, par la mezzo Diana Axentii et la pianiste Alissa Zoubritski

La mezzo Diana Axentii et la pianiste Alissa Zoubritski, toutes deux originaires de Moldavie, proposent un récital piano-chant de mélodies françaises des XIX et XX siècles sur des poèmes de Victor Hugo, Alphonse de Lamartine, Paul Verlaine, Théophile Gautier, Charles Baudelaire, Leconte de Lisle, les compositeurs étant Georges Bizet, Hector Berlioz, Henry Duparc ainsi que Reynaldo Hahn. Elles interprètent aussi des extraits dopéras: L’étoile d’Emmanuel Chabrier, Cendrillon de Jules Massenet et Carmen de Georges Bizet.

Voilà une belle occasion de reconnaître leur talent!

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Aventures théâtrales en Région Parisienne

La critique institutionnelle a du mal à s’aventurer dans de modestes lieux comme le Théâtre Studio à Alfortville,l’Espace 1789 à Saint Ouen, Anis Gras à Arcueil, ou, dans Paris intramuros, à l’Etoile du Nord ou au théâtre de la Loge, pour ne prendre que quelques exemples.

On doit le regretter, car au cours de ce trimestre passé ces scènes ont pu accueillir des productions vraiment intéressantes.

Nous allons rendre compte ici de certaines d’entre elles.

Le Théâtre Studio d’Alfortville, il faut le reconnaître, ne peut échapper à l’attention de la critique : Christian Benedetti est un metteur en scène incontournable, doublé d’un acteur de grande qualité. On peut légitiment s’interroger sur la menace qui pèse sur son théâtre qui pourtant ne génère pas de dépenses somptuaires, et est une référence c’est le moins qu’on puisse dire. Par ailleurs pourquoi n’est il pas encore à la tête d’une maison plus importante ?

En tout cas il poursuit son investigation du théâtre tchekhovien avec des mises en scène inoubliables. Il nous donne à entendre l’écriture au scalpel du grand dramaturge russe comme personne. Le dispositif scénique est on ne peut plus sobre, rejoignant par là ce que fait le hongrois Arpad Schilling. Cette fin d’année 2013 Benedetti nous livre donc une mise en scène des Trois Sœurs essentielle, insistant sur le mal être d’une société sans perspective….les résonances avec la période contemporaine étaient évidentes.

Anis Gras, en revanche, semble de manière durable être absent des écrans radar de la critique institutionnelle. Et pourtant s’y produit en particulier une metteur en scène, actrice, pédagogue particulièrement subtile et profonde, Agnès Bourgeois.

Cette saison 2013/2014 elle engage un projet « A Table » qui s’étendra sur 3 ans.

Ce dernier trimestre de l’année 2013 on a pu voir le prologue, « Traces d’Henri VI », avec des jeunes de l’EDT 91 (Ecole Départementale de Théâtre), suivi de l’  «  Opus 1 : Etant donnés….. » avec des acteurs accomplis, dont Agnès Bourgeois.

Dans les deux cas, le dispositif scénique est inhabituel. Pour « Traces d’Henri VI », une grande table autour de laquelle une dizaine d’acteurs se déplacent: si on veut être pédant, on peut évoquer la  « Table Verte » de Kurt Jooss, mais plus prosaïquement ce serait un dispositif d’exercice pour élèves (prokaz en russe). C’est en tout cas efficace. Elle reprend un dispositif comparable pour Opus 1. Mais là, il n’y a que 4 acteurs qui construisent une géométrie savante autour de 3 petites tables.

Dans le premier spectacle, le texte, abrégé, de Shakespeare, souvent violent, que chaque comédien connait dans sa totalité sert de support ; dans le second spectacle ce sont 17 auteurs dont les textes sont sollicités pour dévoiler les relations familiales selon une approche que l’on pourrait qualifier de cubiste. Le choix des textes est particulièrement pertinent car entre eux on ne sent aucune rupture, malgré le différence de style : on passe d’Ibsen à Bernhard en passant par Rabelais etc etc …..C’est réjouissant, intelligent, bref remarquable.

Si on peut considérer « Traces d’Henri VI » comme encore au stade du résultat intermédiaire d’un travail dans le cadre de la formation suivie par les jeunes acteurs, Opus 1…est déjà bien abouti et devrait intéresser diverses scènes acceptant de promouvoir de riches aventures théâtrales. Ajoutez à cela que des présentations à l’étranger seraient opportunes d’autant plus que le dispositif est léger, le propos original, les textes de grande qualité.

Il y a une autre petite institution théâtrale, celle-ci située au nord de Paris, près de la Porte de Saint Ouen : l’Etoile du Nord, qui manifeste un réel dynamisme et donne sa chance à de jeunes metteurs en scène. C’est ce qu’elle vient de faire avec Guillaume Clayssen qui a pu présenter à 14 reprises, devant des salles bien garnies, son « Cine Corpore » au terme duquel, selon ses propos, il entend « explorer cette nuit cinématographique, enquêter sur l’espace intérieur où se logent la mémoire et la fantasmagorie des films de nos vies ».

C’est un travail très fin, très évocateur, qui demanderait peut-être un peu de resserrement (les interviews vidéo) mais en tout cas augure de futures créations intéressantes. Guillaume Clayssen a un cheminement audacieux qui retient l’attention.

Pour terminer ce tour d’horizon, je tiens à signaler qu’au théâtre de la Loge – là encore une petite scène parisienne courageuse où s’expriment des talents à retenir comme ce fut le cas du reste pour Guillaume Clayssen) – on pourra enfin voir sur scène Faustine Tournan.

Je ne comprends pas pourquoi cette jeune actrice, particulièrement remarquée il y a ans à l’Odéon Berthier dans « Le vertige des animaux avant l’abattage » de Dimitri Dimitriadis n’a pas été plus sollicitée par les metteurs en scène ! Occasion donc de confirmer tout le bien que nous pensons d’elle du 7 au 10 janvier au théâtre de la Loge dans  «  Sstokholm » de Solenn Denis (la pièce a reçu la bourse d’encouragement du Centre National du Théâtre en 2011 et le prix Godot en 2012).

Gilles Ribardière

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Une installation poétique à Prague

L’artiste tchèque Ivana Hajdukova après la Révolution de Velours n’a jamais sacrifié sa sensibilité sous prétexte de suivre des modes supposées appréciées par les collectionneurs de l’Ouest de l’Europe. Au contraire, elle a approfondi sa démarche éminemment poétique  en l’exprimant à travers de fines installations comme celle qu’elle vient de montrer à Prague au début du mois de novembre 2013; elle a un titre un peu mystérieux:  » Un endroit où l’homme préhistorique jouait d’un instrument de musique », mais surtout elle nous enveloppe avec douceur…..la douceur de l’homme préhistorique loin des agressions du monde moderne?

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