Valentin Goubariev, peintre, par Jeff Bonifacino

Sans se prêter à une définition générale, la peinture biélorusse se distingue d’abord par un goût  prononcé pour les thèmes bucoliques : paysages, scènes rurales ou villageoises.

Valentin est aujourd’hui un artiste comblé. Il travaille depuis onze ans avec la France et a un contrat avec elle depuis sept ans. Il pourrait y vivre mais ne parle pas la langue. Le 24 août 2005, la galerie Christie’s, à Londres, lui a pris treize de ses travaux dont deux ont déjà été exposés. Il vend aussi sur Internet: 5000 dollars le tableau en France, 1000 dollars ici.

En France, après les expositions, des buffets russes sont organisés, accompagnés de nombreuses interviews et d’échanges avec le public. Il aime ce public, plus intéressé que le public biélorusse, qui lui demande même quel temps il fait en Biélorussie.

Avant il pensait que les œuvres devaient être comprises par le public biélorusse. Mais finalement il m’explique que le travail dégage beaucoup d’énergie, c’est pourquoi le succès est au rendez-vous.

Sa famille pensait qu’un vrai métier c’était être conducteur de train, mais il a pu faire les études qu’il voulait. Cinq années d’études au Collège d’art de Minsk puis l’Académie des arts à Moscou.

Etudiant, il découvre Cézanne, Van Gogh, se délecte des œuvres de la Renaissance, mais aux œuvres trop parfaites de Raphaël, il préfère des oeuvres moins connues, avec erreurs d’un point de vue académique, mais pleines d’amour et de passion.

Il travaille à ses débuts dans l’illustration de livres. Avant la perestroïka, il n’était pas possible d’être exposé. Mais il n’a jamais douté de ce qu’il aimait, jamais cessé de peindre.

A une époque, il aurait pu décider de peindre des portraits de gens célèbres, de politiciens, et de s’enrichir, mais il a tenu bon. En construisant sa maison, de ses mains, il comptait les jours en se disant qu’il aurait bientôt, enfin, de la place pour peindre.

Un metteur en scène prépare un film sur lui, outre l’orgueil qu’il en retire, c’est pour lui un bon signe : « l’art est plus fort que la politique. Les hommes politiques voyagent, viennent, repartent, alors qu’en art les liens sont plus profonds, pour toujours. »

C’est pourtant difficile de surprendre la France. Une énorme quantité de peintres est partie à la conquête de Paris et de la France. Il m’explique que son succès est dû à deux raisons: son style, qui fait que les gens n’ont pas besoin de regarder la signature, et sa grande énergie qu’il met dans ses couleurs lumineuses.

Ce qui l’étonne en France, est la dichotomie qui existe entre la grande culture artistique et l’intérêt pour l’art, et le nombre restreint de peintres contemporains connus. Pour  lui,  beaucoup d’artistes mériteraient d’être connus. Mais les galeries veulent des têtes d’affiches pour vendre et prennent peu de risques avec des jeunes. Et sur ces vingt artistes connus, tous sont intéressants, mais ont tendance à reproduire ce qu’ils ont déjà fait, phénomène partagé par les artistes de tous les pays.

Quant à la situation des peintres en Biélorussie, ceux qu’il connaît ne travaillent pas à côté, ils attendent qu’on leur achète des tableaux, même si c’est un mode de vie un peu bohême. Les gens veulent être libres, même s’ils gagnent peu.

Il aime le jazz et en écoute tout le temps. Le lundi et le vendredi : jazz. Le mardi et le jeudi : opéra de Verdi. Le mercredi : Boris Grebenchtchikov…

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