Vladimir Tsesler, Graphiste, par Jeff Bonifacino

Il parvient à extraire et à détourner les signes et les symboles forts de son pays. Sorte de Don Quichotte des temps modernes, on ne sait jamais lequel de la lutte ou de l’amusement est son moteur.

Il a exposé à Moscou, à Paris (avec l’aide d’André Dumas), il a travaillé pour le musée de Bragin autour d’une exposition photographique sur Tchernobyl avec l’Association «Patrimoine sans frontières», mais il expose peu à Minsk, où le public est restreint.

Quand on lui demande comment il parvient à faire de la société qui l’entoure la matière de ses œuvres, il répond : «le regard tu l’as ou tu l’as pas».

«Le mot a un son et un son a une image. Tout dépend des conditions que tu te crées à toi-même, que tu travailles au milieu des arbres ou ici dans la capitale ; cela dépend aussi de ton entourage, des amis que tu as. Au final, c’est pour eux que tu le fais. Quant au pouvoir en place actuellement, l’essentiel c’est qu’il ne m’empêche pas de travailler. Un ami a été reçu à l’Académie, il leur a répondu qu’il n’avait besoin de rien et qu’on le laisse travailler. […] Quelqu’un en France n’a pas plus de liberté que moi, c’est en soi que ça se passe. Tous les artistes se ressemblent : je connais un Japonais, je pensais que nous étions différents. Après coup, la différence n’est que structurelle, les artistes occidentaux sont inscrits dans le marché de l’art, dans un système de commercialisation, et ils dealent… c’est la seule différence».

L’état d’esprit qui domine dans ses œuvres, c’est la résistance aux signes dominants qui sont imposés. Cela ne semble pourtant pas lui imposer d’effort. «T’entends partout la même musique, tu écoutes les tiennes…».

L’artiste dans le mass média disparaît selon lui, noyé. Et quand on l’interroge sur les affiches de propagande partout dans les rues de son pays, qui elles aussi, touchent un large public, il ironise : «Je comprends l’idéologie, je ressens ce que je vois dessus. En fait on m’explique parfaitement de quoi il s’agit, j’ai donc une attitude très bienveillante vis-à-vis de ces affiches et j’espère que tout le monde les regardera vraiment… ».

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