Un roman d’un écrivain Moldave traduit en français.

c C’est toujours avec émotion que l’on met en valeur une jeune maison d’édition, surtout si elle publie une littérature de qualité et qu’elle le fait avec beaucoup de soin.

C’est le cas de BELLEVILLE Editions.

En choisissant ce titre, Marie Trebaol et Dorothy Aubert ont voulu souligner l’aspect carrefour de leur ligne éditoriale, comme l’est le quartier de Belleville à Paris, « carrefour de cultures où différentes communautés vivent en harmonie ».

Autrement dit les ouvrages publiés et à venir mettront le lecteur au contact d’écrivains populaires de pays très divers ; qu’on en juge pour les premiers titres : Brésil, Turquie, Egypte et, ce qui nous intéresse ici, Moldavie.

L’écrivain moldave choisi est Iulian Ciocan (né en 1968) et son roman, Le royaume de Sasha Kozak.

Le choix est judicieux car il permet de faire la connaissance d’un pays largement ignoré par le public français, et constitue une remarquable clé de compréhension de ce qu’a été la transition d’anciens territoires de l’URSS ayant acquis leur indépendance.

Trois faits caractérisent cette période : la généralisation de la corruption, le délitement de la société qui oublie le principe de solidarité et s’affranchit de toute référence morale, les conflits linguistiques liés à la présence sur le même territoire de russophones et de roumanophones pour ce qui concerne la Moldavie.

Ils sont traités par Iulian Ciocan de façon particulièrement pertinente, avec un humour décapant.

Il y a des descriptions savoureuses mais sans concession de la vie quotidienne comme en témoigne cette vision totalement réaliste du marché agricole :  « Le marché agricole de la rue Sarmizegetusa lui apparut, comme d’habitude, dans toute sa misère. De petites vieilles aux regards éteints, rabougries par l’étroitesse de leur vie, avaient exposé leurs marchandises sur des cagettes pourries : graines de tournesol , chewing-gums, tablettes de chocolat, tête d’ail, bocaux de légumes, papier hygiénique qui vous grattait le cul mieux que du papier de verre ».(p;31).

La trame du roman est d’une certaine façon anecdotique L’important réside dans les portraits des personnages et leur mise en situation. On retiendra en particulier la vieille Frosea, qui maugrée devant l’inactivité de son mari et qui rythme sa vie selon la diffusion sur l’écran de télévision de telenovela en provenance de l’Amérique Latine via la télévision soviétique.

Iulian Ciocan donne une image de l’absence de repères au sein de la société en décrivant la montée d’un parti qu’il appelle le Parti Total. : « Depuis peu, le Parti Total mettait en avant des idées d’inspiration communiste. Dans le même temps, grâce à une malléabilité d’exception, il collaborait fructueusement avec toutes les autres formations et devenait ainsi une nouvelle pièce maîtresse sur l’échiquier politique ».(p.169).

Si ce roman ce caractérise par son acidité on y trouve aussi des expressions d’une de profonde émotion: « Dans la pénombre du couloir, Viorica Ionovna s’était sentie impuissante. Le plus dur était d’admettre son irrévocable inutilité. Sa vie lui échappait. Il est vrai qu’un être dont plus personne n’a besoin a déjà un pied dans la tombe » (p.182). C’est hélas à lire aussi comme une métaphore de ce qu’est la Moldavie selon certaines analyses.

A la lecture des quelques extraits on aura admiré la qualité de la traduction magnifiquement assurée par Florica Ciodaru-Courriol.

Un roman à lire pour comprendre ce qu’est l’héritage de l’Union Soviétique dans ses anciens territoires qui ont « acquis » leur indépendance.

Gilles Ribardière.

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Artistes Tchèques en France

Droit Réservé Pro Arte 2016

Pendant tout l’été le Centre Culturel Tchèque de Paris a présenté une exposition passionnante intitulée « Les artistes tchèques en France, hommage à un pays inexistant ».

Elle sera terminée le 30 septembre.

Outre les œuvres exposées souvent d’une très grande qualité étaient accrochés des panneaux aux textes particulièrement instructifs sur la vie des artistes et leur lien avec la France.

La masse d’informations à lire est heureusement reproduite dans le remarquable catalogue. Ainsi tous ceux qui n’auront pu visiter l’exposition pourront l’acquérir et le mettre en bonne place dans leur bibliothèque.

Pourquoi cette exposition avec ce titre évoquant un pays « inexistant » ? Tout simplement parce qu’elle se veut une commémoration du centième anniversaire de la naissance du Conseil national tchécoslovaque qui siégeait au 18 rue Bonaparte, siège aujourd’hui du Centre Culturel Tchèque. Or en 1916, la Tchécoslovaquie n’existait pas encore puisque le territoire était partie de l’Empire Austro-Hongrois et que depuis 24 ans aujourd’hui elle n’existe plus mais comme le souligne l’introduction du catalogue « elle n’a pas disparu pour autant de la carte culturelle et artistique de l’Europe ». On sait en effet qu’à présent il y a deux états séparés: la Tchéquie et la Slovaquie.

L’exposition rappelle à quel point les artistes tchécoslovaques furent attachés à la France et y trouvèrent un cadre propice à leur créativité. Frantisek Kupka , très présent dans l’exposition, fut l’un d’eux pour citer un nom connu, mais aussi Jan Zrzavy dont l’art très délicat et sensible mériterait une meilleure connaissance dans notre pays.

Mais cette exposition a été l’occasion d’un bel événement : la présentation pour la première fois en France d’un tableau de Mucha ayant une forte charge symbolique : Le baiser de la France à la Bohême. Cette présentation a fait l’objet d’une émouvante cérémonie le 15 septembre, en présence du petit fils de l’artiste et avec une évocation par Jean Philippe Namont de l’installation des Tchéques en France, thème qui lui est familier puisqu’il est l’auteur d’une thèse intitulée «  La colonie tchèque en France entre 1914 et 1940 ».

L’ensemble de jeunes voix Aposiopée dirigé par Natacha Bartosek donnait ensuite des œuvres de Bohuslav Martinu, ce grand compositeur disciple d’Albert Roussel, et qui était bien évidemment en relation avec les plasticiens tchécoslovaques vivant à Paris comme Mucha.

De relativement petite dimension, le tableau de Mucha peut surprendre car ce n’est ni une affiche ni une fresque monumentale, genres dominants chez l’artiste. Datant de 1918 il représente un homme coiffé d’un bonnet phrygien -symbole de la République émancipatrice – qui embrasse la Bohême – une femme bien en chair – qu’il vient de libérer de ses entraves qui l’attachaient au joug – l’Empire des Habsbourg – figuré par une croix,

Les couleurs sont assez sourdes, allant du brun profond au rouge, avec une large tache blanche qui drape la Bohême et éclaire le tableau.

Espérons voir d’autres œuvres de Mucha, ce qui peut ne pas être un vœu pieux : en effet John Mucha a annoncé l’ouverture probable à Paris d’un lieu pour la Fondation qu’il préside , créée en hommage à son grand-père.

C’est avec impatience que nous attendons cet événement.

Gilles RibardièreDroit réservé Mucha Trust

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Une cantatrice qui fait honneur à la Moldavie.

Olga Busuioc était sur la scène de l’Opéra de Los Angelès le 19 mai dernier pour tenir le rôle de Mimi. Avait-elle alors en mémoire que la grande Maria Cebotari avait débuté sa carrière dans la Bohème de Puccini au Semperoper de Dresde en 1931, interprétant le même rôle qu’elle? Ce rôle est du reste pour Olga particulièrement important : non seulement il marque ses premiers pas artistiques aux Etats-Unis, mais ils ont aussiaccompagné ses débuts internationaux en 2011 à l’Opéra d’Etat Hongrois.

En tout cas Olga Busuioc témoigne que la Moldavie, bien souvent ignorée, a permis l’émergence d’artistes de grande valeur. Si l’on s’en tient aux seules cantatrices, outre la très célèbre Maria Cebotari, il y eut Maria Biesu, et aujourd’hui on peut entendre essentiellement sur les scènes françaises Diana Axentii, ou, à l’Opéra de Vienne, Valentina Nafornita qui par ailleurs sera sur scène au festival de Salzbourg cette année 2016.

Olga Busuioc, il faut le souligner, reste fidèle à la scène de Chisinau , ville où elle demeure avec sa famille, ce qui ne l’empêche pas de parcourir le monde. Les mois prochains la verront notamment en Allemagne, en Pologne, en Irlande….

Ce qui est frappant chez elle, c’est la largeur de son spectre vocal et sa capacité d’avoir le ton juste dans des styles différents : ainsi passe-t-elle de Puccini à Tchaïkovski, du rôle de Mimi à celui de Tatiana avec aisance. Un tel don a bien sûr été travaillé, avec en particulier un séjour de deux années en Italie à Modène, sachant que la formation de base à l’Académie de Musique Stefan Neaga devait avoir quelque connotation slave !

On ne peut que constater que les prix qu’elle a obtenus à divers concours étaient mérités. Citons en 2013 le premier prix St. Moniuszko, et le prix du concours Francisco Vinas de Barcelone en 2012. Le public ne s’y trompe pas qui lui a fait une belle ovation à Los Angelès.

La Moldavie peut être fière d’Olga qui est une ambassadrice exceptionnelle de son pays.

Gilles Ribardière.

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Littérature Biélorussienne à Paris

La créativité en Biélorussie est d’une très grande diversité et qualité mais est ignorée en France. Et pourtant Virginie Symaniec depuis des années s’attache à la diffuser. Citons sa participation à la traduction de la pièce du « père de la littérature biélarussienne moderne» Ianka Koupala ,« les gens d’ici » ainsi que son rôle de coordinatrice du panorama des écritures théâtrales contemporaines de Biélorussie, « Une moisson en hiver » (édition, L’Espace d’un instant). Mais l’action de Virginie Symaniec est bien plus vaste et méritera un sujet particulier que nous ne tarderons pas à traiter ici.

Disons pour l’heure qu’elle a créé une maison d’édition « Le Ver à soie » qui va permettre d’accentuer la diffusion de textes d’écrivains de Biélorussie souvent inconnus en France, et qui seront des traductions inédites depuis le biélorussien et non pas à partir du filtre de la traduction en russe !

Le vendredi 11 mars au Centre des Récollets était donc donnée l’occasion d’approcher le travail de deux auteurs, Alhierd Bacharevic et Yulya Tsimefeyeva. La rencontre était intitulée « Aventures linguistiques et rencontre littéraire autour de l’auteur Alhierd Bacharevic », lequel terminait un séjour de 3 mois, dans le cadre d’une résidence aux Recollets ; son épouse, Yulya, l’accompagnait.

De Bacharevic étaient lus en avant première quelques extraits d’un roman en cours de traduction par Alena Lapatniova et Viriginie Symaniec avant publication au Ver à soie, de même que des poèmes de Yulya Tsimefeyeva en biélorussien avec leur traduction en anglais.

En même temps le public pouvait visualiser des photos de la poétesse ainsi que celles d’Alexey Andreev, malheureusement absent, et de Jef Bonifacino ; Lumières de l’Est avait publié il y a quelques mois un certain nombre des remarquables clichés de Jef. Il a un site qui informe bien sur son travail (www.jefbonifacino.fr)

La rencontre commença par une réflexion de la part de Virginie Symaniec sur la question de la langue : le biélorussien est-il une langue ?…Mais qu’est-ce qu’une langue ? Ensuite elle insista sur le fait que la Biélorussie est un territoire où peuvent se croiser dans une conversation à tout le moins du russe et du biélorussien, sachant que dans les années 1920 il y avait 4 langues officielles : biélorussien, russe, yiddish et polonais !

Ces propos servirent d’introduction à la présentation proprement dite du livre « les enfants d’Alindarka » par son auteur, Alhierd Bacharevic, qui par ailleurs en lu quelques passages suivis de leur traduction lue par Virginie Symaniec. Il qualifia son roman de « conte », ce qui paraît assez évident compte tenu de l’histoire : un père, authentique fanatique de la langue biélorussienne, l’inculque à ses enfants, qui apparaissent comme de véritables esclaves de leur père quant à la manière dont ils doivent parler. Mais il y a un docteur qui estime que l’on peut guérir de ce qu’il estime être la maladie de la langue….Nous n’en saurons pas plus, ce qui nous rend impatient de lire l’intégralité de ce« conte » corrosif à n’en pas douter. Mais ce que l’on peut retenir de particulièrement intéressant dans la présentation, c’est l’aveu de l’extrême difficulté à laquelle les traducteurs se sont trouvés confrontés, à savoir, comment rendre compte en langue française des différentes langues qui traversent l’histoire : le biélorussien de « tous les jours », le biélorussien littéraire, le russe parlé par les biélorussianophones, le biélorussien parlé par les russophones…..

Bref une équation délicate à résoudre, d’autant plus qu’il n’est pas question de laisser apparaître une quelconque hiérarchie entre les langues….Nous sommes vraiment avec cet ouvrage au cœur « d’aventures linguistiques » !

Afin d’être informé des activités du Ver à soie, dont les collections sont extrêmement soignées, agréables à tenir entre les mains et d’une typographie aérée et séduisante pour les yeux, rien de tel que d’aller sur le site www.leverasoie.com.

Clichés à suivre: Virginie Symaniec; Alrhied Bacharevic; Yulya Tsimefeveva.

Virginie SymaniecAlhierd BacharevicYulya Tsimefeveva

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Guillaume Clayssen confirme son talent de cinéaste avec « l’âme sort »

On sait que Guillaume Clayssen conduit depuis quelques années une démarche originale aussi bien dans le domaine de la mise en scène de théâtre que de la mise en scène de films.

On perçoit à l’occasion de chaque présentation de son travail aussi bien sa grande culture philosophique que sa connaissance pointue des modes d’expression de notre temps.

C’est en tout cas ce qui ressort de la vision de son tout récent court métrage l’âme sort, qui se réfère explicitement à la légende du Golem, mais aussi aux Parques, sans que cela ce soit pesant ou démonstratif.

Il est aidé en cela par une maîtrise de la caméra qui n’est pas sans rappeler celle d’illustres prédécesseurs de la Nouvelle Vague ; on a une caméra légère, des plans variés à bon escient : ainsi peut on être au plus près des visages ou bien suivre l’errance précipitée parmi les êtres humains du « héros » à la recherche de son âme qui l’a quitté.

La fin est une surprise, mais qui donne tout son sens à ce court métrage ; nous n’en dirons pas plus, laissanr les spectateurs, que nous espérons nombreux, découvrir comment l’âme rejoint son habitacle.

Gilles Ribardière

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Sortir de l’enfermement

La Moldavie a du mal semble-t-il à s’extraire de son passé fait d’enfermement, de répression, et de corruption. Une part importante de la population reste attachée à une culture qui s’est façonnée dans un tel contexte, et voyant dans quels pièges l’Ukraine voisine est tombée, elle estime que l’ancienne puissance occupante – la Russie – garantirait au moins la paix.

Mais il y a aussi une jeunesse importante qui aspire au grand large. Cela peut prendre plusieurs formes : départ vers l’Ouest pour études et même installation définitive, mais aussi incursions temporaires vers cet Occident rêvé.

Pour parvenir à leur fin, certains ont des idées bien astucieuses. C’est ce que décrit l’article ci-dessous, qui est une adaptation du texte publié sur le site moldavie.fr, auquel Lumières de l’Est collabore.

Escapade ou l’esprit d’entreprise de deux jeunes Moldaves.

Il est toujours instructif de suivre l’évolution de jeunes. C’est ce qui m’a été donné de faire grâce à des contacts maintenus toutes ces années avec des élèves de lycées en Moldavie et qui aujourd’hui sont étudiants, ou sont entrés dans la vie active, sont même parfois mariés et parents.

La plupart de ces jeunes, sinon tous, sont engagés dans des aventures originales.

C’est le cas de Cristina Burlacu qui pendant plusieurs années postait régulièrement d’excellents « billets » publiés sur le site auquel Lumières de l’Est est associé : « moldavie.fr » ; elle s’est ensuite engagée dans des études supérieures en journalisme et a pu déjà remplir de nombreuses fonctions notamment dans des organes de presse.

Avec une de ses amies, Daniela Caraiman aussi ancienne étudiante en journalisme, elle commence depuis quelques mois une démarche tout à fait séduisante : ESCAPADE.

En septembre dernier, profitant aussi bien de leur passeport roumain que de la libéralisation du système de visa obtenue par la Moldavie en vue de circuler dans l’UE, les deux jeunes femmes sont venues visiter Paris. Dans l’avion elles échangèrent sur le thème du bienfait des voyages. Elles observent en effet que leurs compatriotes recherchent pour leurs voyages d’agréments plutôt la Turquie ou la Grèce.

Elles pensent que si les Moldaves se limitent à de telles destinations cela ne contribuera que faiblement à élargir leur horizon.

Aussi prévoient-elles de se donner les moyens de multiplier les voyages dans le plus grand nombre de pays possible et de faire part de leurs expériences à travers un blog, pouvant ainsi inspirer les lecteurs à aussi élargir leur horizon.

Elles donnent donc pour titre à leur initiative « ESCAPADE », et envisagent de rechercher auprès d’entreprises des fonds pour couvrir les frais liés à leurs déplacements.

L’accueil de leur initiative est tel que petit à petit le projet, de non lucratif, devient quasiment commercial. C’est ainsi que si vous consultez le blog http://escapade.md vous verrez nos deux « héroïnes » à Milan portant des éléments vestimentaires que leur ont confiés des marques et magasins de Chisinau dans un but publicitaire : lunettes, souliers, robes……

C’est une étape pour Cristina et Daniela. Elles ne comptent pas s’arrêter là. Elles sont convaincues que leur avenir se situe dans des activités ouvertes à l’international.

En cela elles rejoignent bien d’autres personnes de leur génération pour qui désenclaver la Moldavie, et partant, s’ouvrir elles-mêmes au monde constitue la priorité de leur existence car elles estiment vitale la confrontation avec d’autres réalités.

Il y a en Moldavie une jeunesse dynamique, ayant l’esprit d’entreprise, ouverte sur les réalités les plus diverses, compétente, maîtrisant parfaitement au minimum 3 et même souvent 4 langues, qui ne demande qu’à faire partager son expérience et ainsi contribuer à bâtir un avenir positif pour le pays. Cristina et Daniela font partie de cette jeunesse porteuse d’avenir.

Gilles Ribardière.

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Linda Bournane Engelberth: regard sur la Lettonie

(English translation below)

La Fondation Calouste Gulbenkian à Paris offre au visiteur de remarquables expositions de photos. La dernière, qui s’est terminée juste avant les fêtes de fin d’année donnait à voir une sélection du travail de photographes sur le thème du « Nouveau Social ».

Ce travail est effectué dans le cadre du projet « European Photo Exhibition Award » (EPEA).

Il s’agissait pour les photographes de donner leur vision des transformations des sociétés en Europe, avec les traumatismes qu’elles peuvent susciter, les cassures dans la société.

Parmi les sociétés observées, celle de la Lettonie l’a été avec beaucoup d’aucuité par Linda Bournane Engelberth.

Née à Oslo en 1977, elle a produit plusieurs séries qui témoignent de son regard impitoyable sur les manques de l’Europe pour réduire les inégalités, pour répondre aux aspirations de la jeunesse. Mais il n’y a pas de misérabilisme. Regardez ainsi sa série sur les Roms de Roumanie qui chechent « fortune » à Oslo (série You can call me a gipsy if you want to sur son site www.lindabournane.com)..

La série qui était exposée en partie au Centre Calouste Gulbekian avait pour titre : Things come apart.

Avec l’autorisation de l’artiste quelques images sont reproduites ici, ce dont je la remercie chaleureusement.Il y a cette jeune femme devant une modeste batisse en bois dont le regard traduit à la fois inquiétude, interrogation mais aussi quelque chose de volontaire, déterminé, photo très représentative de la thématique de l’exposition et qui figure en couverture du catalogue.

On peut être aussi frappé par la photo de ces deux jeunes, hilares. Rien de plus naturel que leur attitude, en un lieu sans séduction, l’inévitable bouteille de bière à la main ; mais cette image montre mieux que n’importe quel discours la situation d’une grande partie de la jeunesse, pas seulement en Lettonie, mais dans toute l’Europe (voir au-delà).Il y a aussi ce quai de gare qui aurait pu être photographié à l’époque soviétique et qui témoigne d’un passé pas si lointain alors même que la Lettonie est aujourd’hui partie intégrante de l’Union Européenne.Il y aussi cette image d’intimité d’une jeune femme qui à la fois semble résignée devant un horizon commun à tous les grands ensembles, mais qui goûte aussi un bien être suite à sa douche. Le regard de Linda Bournane Engelberth sur cette scène est plein de respect pour la personne, ce qui est du reste une constante dans son travail.

On peut souhaiter de sa part d’autres images de la Lettonie tant elle en comprend l’évolution, tant elle parvient à nous faire partager  sa sympathie à l’égard des personnes qu’elle photographie.

Gilles Ribardière.

English text

The Calouste Gulbenkian Foundation in Paris proposes outstanding exhibitions. The previous one, took place at the end of last year, and was devoted to the theme « the new social ». It was part of the project « European Photo Exhibition Award » (EPEA).

Photographers had to show how they watch the social transformations in Europe, with all the traumas and breaks.

Among the observed communities, Latvia was a special challenge for Linda Bournane Engelberth.

She was born in Oslo in 1977 and she published several series which demonstrate how keen is her view about what is missing in Europe to reduce social inequalities, to bring right answers to the will of youth. But she never insists on any kind of sordid aspects of life. As an example, have a look on the serie about the Roms from Romania living in Oslo (You can call me a gipsy if you want to)

www.lindabournane.com.

The photos exhibited at the Calouste Gulbenkian Center in Paris belong to the serie things come apart.

We publish a few photos here, with the authorization of the artist. We thank her warmly.

One can see (first picture) a young lady, standing near a modest wooden house. The expression in her eyes shows anxiety, interrogation but there is also something strong and resolute. It is the best opening to the theme, and as a matter of fact, it is the cover of the catalogue.

The second photo with the two laughing kids is really notable. They have a totaly normal attitude, in a poor place, with beer bottles in their hands ; but above all it shows how many young people live not only in Latvia but in any country in Europe (and beyond).

On the third photo, we are on a railway station platform. It could have been shot during the Soviet Union era, which shows that it is not so far from nowadays, even if Latvia is now part of the EU !

On the last one, the young lady after shower, on her balcony, looks resigned to her fate as so many people living in blocks, but she also seems to appreciate this moment of rest. How Linda Bournane Engelberth views this person is full of respect, which is the way she usually works.

We may expect to have other photos of Latvia by Linda Bournane Engelberth as she understands the evolution of this country so well and has such friendship for the people.

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Moldavie: Une élection à risque

Le 30 novembre prochain de nouveau le destin de la République de Moldavie va être mis en jeu. Les élections législatives en effet ont lieu ce jour là. Il est à craindre un avenir difficile tant le contexte géopolitique peut être considéré comme explosif. Certains observateurs craignent le surgissement d’une situation proche de celle constatée chez le voisin ukrainien.

Il faut du reste rappeler que déjà le pays est amputé d’une partie de son territoire, la Transnistrie, et que la région gagaouze lorgne de manière insistante vers Moscou, sans parler d’autres parcelles de la Moldavie peuplées majoritairement de russophones qui ressentent une attirance comparable.

Sans doute n’en serait-on pas là si l’Union Européenne avait été plus rapide dans le processus de négociation avec les autorités pro-européennes de la Moldavie. Par ailleurs les conditions de vie ne semblent pas avoir progressé de manière significative ces dernières années, ce qui met les gouvernants sortants dans une position vulnérable.

Ainsi peut tracer son sillon un nouveau parti, « Patria » qui n’aurait pour seule « vertu » que d’être dirigé par un millionnaire ayant fait fortune en Russie….A juste titre on peut se demander qui a intérêt à voir ce parti prospérer. On le dit crédité de 7% des voix, mais ce n’est que le résultat d’un sondage paru le 18 novembre ; celui-ci met pratiquement à égalité les partis favorables à l’intégration européenne et ceux qui regardent plus volontiers vers Moscou. Mais il est préférable de ne pas commenter de tels pronostics, tant ils risquent de ne pas être fiables.

Ce dont a besoin la Moldavie, c’est d’un pouvoir qui consolide les avancées en matière d’indépendance de la justice, de lutte contre la corruption, d’un pouvoir qui s’engage encore plus nettement dans les transformations économiques permettant d’élever le niveau de vie des habitants, sachant que l’Union Européenne doit participer à l’effort.

Il aura en priorité à gérer les antagonismes qui peuvent dégénérer en situation violente et ainsi contribuer à accentuer le désordre en cours de cette partie du continent européen.

Pour toutes ces raisons il faut affirmer que le scrutin du 30 novembre ne doit pas être considéré comme ne concernant qu’un « petit pays » : il est d’importance européenne !

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Livre pour enfants venu du Belarus

Cette année est marquée par une révélation: la talent d’une illustratrice de Minsk – Marta Herashchanka – qui a accompagné de ses crayons de couleur des textes tout aussi merveilleux de Volha Hapeyeva – selon un avis particulièrement compétent que j’ai pu solliciter.

Je ne peux hélas en dire plus, sauf  à dire et redire que les dessins sont exceptionnels et qu’il est urgent de trouver un éditeur et une personne prête à s’engager dans le travail de traduction.

Je tiens en réserve l’intégralité du livre de Volha et de Marta pour qui me demanderait de le lui transmettre.

Ici, je donne à voir un dessin de Marta, ainsi que la couverture du livre de nos deux talentueuses artistes.

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Okka Hungerbühler

Nous avons déjà présenté le travail de Okka, jeune artiste de Berlin. Nous montrons ici une autre de ses oeuvres que Lumières de l’Est apprécie particulièrement.

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